Samedi, le 28 juillet 2007 Charles Filion
Nous sommes en 2007, n'est-ce-pas? Évidemment, c'est une question de logique. Donc, il y avait treize ans et des poussières, le génocide battait son plein au Rwanda, où 800 000 Rwandais moururent, la plupart tués à coups de machette et laissés froidement éventrés dans la brousse ou sur les trottoirs de Kigali et des autres grandes villes du pays. Dégueulasse, me direz-vous? Absolument, et une myriade de termes similaires ne seraient même pas assez forts pour qualifier cette atrocité. Il faudrait inventer un mot, du genre "intensiforterribilifique", ou simplement dire: inqualifiable.
Mais voilà, treize ans après cette merde sans nom où un peuple s'est déchiré sans merci, personne n'a appris de ses erreurs. Au dixième anniversaire du génocide, aucun dirigeant occidental n'est venu aux commémorations officielles, il n'y a que l'ineffâble général Roméo Dallaire qui y soit allé d'un discours pimenté à saveur de reproche au monde de l'Occident. Jusqu'ici, c'est grave mais pas trop, les gens ont la mémoire courte et préfèrent ne pas se rappeler les horreurs du passé. Mais là où le bât blesse, c'est qu'une atrocité similaire soit en train de se produire et ce depuis longtemps déjà dans la province du Darfour, au Soudan, pays où se trouvait l'ancienne base logistique des guerriers de Ben Laden.
Les estimations des morts atteignent le million, les déplacés sont au moins cinq fois plus nombreux. Les femmes sont violées dans les camps par des milices armées qui viennent piller et détruire ces gens qui sont déjà dans une misère plus que précaire, alors que les soldats de l'UA sur place, trop peu nombreux, ne peuvent que constater leur impuissance face aux escadrons de la mort en provenance du Nord du pays. Au moins, sous peu, une force internationale sera déployée au Darfour, et ce plus de deux ans après la première demande d'intervention, demande à laquelle le Président soudanais avait toujours refusé de souscrire. C'est sûr que lorsque des milices liées au gouvernement font un travail de démolition qui nous apparaît bénéfique, il n'est pas de mise de saboter l'oeuvre en laissant tout le monde y voir de plus près. Mais les pressions internationales étant de plus en plus fortes (alors que de toute façon la plupart des habitants du Darfour sont dans des camps ou six pieds sous terre), la force internationale va se déployer sous peu, alors que le conflit sera terminée.
La question se pose: pourquoi, alors que le Rwanda avait été un horrible massacre qui aurait pû être évité et qui ne l'a pas été, pourquoi le monde n'a pas appris de ses erreurs et a laissé le conflit (qui s'apparente beaucoup au génocide mais bon, ce mot comporte trop d'obligations à l'ONU, donc il n'est pas utilisé pour décrire la guerre dans la province soudanaise) au Darfour se produire? Les raisons sont à la fois nombreuses et d'une simplicité déconcertante, même si elles sont horribles: Premièrement, dans les deux cas (Rwanda et Darfour), les victimes sont des Noirs, et même si l'esclavage n'existe presque plus, le racisme est bel et bien toujours présent, surtout qu'au Darfour ce sont des milices arabes qui tuent des Noirs. Deuxièmement, ce sont des pays africains dont le monde se fout éperdument, dans une moindre mesure pour le Soudan qui a du pétrole et des ressources minières intéressantes. C'était donc un je-m'en-foutisme encore plus élevé pour le Rwanda, qui ne possède à peu près rien comme ressources naturelles contrairement au Soudan. Donc, pourquoi le conflit au Darfour s'est produit?
Le désir de non-intervention des pays occidentaux pour ne pas devoir encaisser d'autres pertes humaines en plus de l'Irak et l'Afghanistan, le fait que se soient des Noirs pauvres qui meurent chaque jour, que ce soit en plein désert dans une province riche en pétrole, ressource beaucoup plus "cheap" à exploiter en temps de guerre, mais surtout: parce que la Chine a beaucoup d'intérêts au Soudan, et a mis son veto sur toute intervention dans le pays, donnant ainsi un pouvoir immense aux dirigeants soudanais. Et jamais, au grand jamais les dirigeants des États-Unis, de la France ou de l'Angleterre n'entreront en conflit avec la Chine pour un pays avec aussi peu d'importance stratégique que le Soudan. C'est donc du laisser-faire par je-m'en-foutisme et par refus de se frotter à un puissant adversaire? Plus que cela, encore, le général Dallaire l'a dit, les raisons sont nombreuses. Il reste qu'encore une fois, comme d'habitude, ce sont les pauvres, surtout s'ils sont Noirs, qui paient la note du développement pour le reste du monde, et ce tribut devient de plus en plus lourd à supporter…
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