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Ma Cité Va Craquer

 Titre d’un film-culte sur les émeutes populaires, cela illustre bien l’état d’esprit des jeunes Français d’origine arabe ou africaine vivant dans les « cités », ces ghettos bourrés d’immigrants qui ceinturent Paris et les autres grandes villes françaises. Il y avait des leçons à tirer de ces longs métrages que sont « Ma Cité va Craquer » et « La Haine », et manifestement on ne l’a pas fait : les émeutes qui secouent la France depuis les dix-huit derniers jours en sont la preuve parfaite. Ces jeunes Français, naturalisés depuis plusieurs générations en tant que citoyens de la grande France, qui brûlent des voitures, des autobus, des écoles et des magasins sans discernement et sans viser personne en particulier, expriment un mécontentement visible depuis longtemps dans le Royaume des rois. Un mécontentement qui n’est médiatisé que depuis tout récemment, avec cette vague de violence sans précédent, étant avant cela balayé sous le tapis par des dirigeants français qui semblent avoir perdu le contact avec la réalité extérieure… En France, on parle beaucoup de l’Union européenne et de ses impacts sur l’économie et sur les petites habitudes des « Bleus », de la mondialisation, de l’influence américaine au Moyen-Orient. Les politiciens soulignent l’importance de la France dans l’Europe, favorisent les relations internationales, la compétitivité au niveau économique et la fin du programme nucléaire de l’Iran, tout en négligeant les problèmes sociaux internes, allant presque jusqu’à nier leur existence! Maintenant, nous aurions tendance à croire que ce genre de lapsus terrible sera jeté aux oubliettes sans possibilité de rémission, mais malheureusement, nous aurions tort. Ce serait compter sans la force d’oubli de la gentille France, sans le conservateurisme français qui sans problème peut refuser la constitution de la nouvelle Europe, tout en applaudissant à grands cris le nouvel Airbus 380, synonyme de l’Europe économique. Les investissements sociaux promis par le Premier Ministre Dominic de Villepin seront-ils balayés sous le tapis eux aussi, ou aideront-ils vraiment les jeunes Français d’origine autre qu’européenne à se tailler une place dans la société aux milles visages? Il est bon de le souligner, il n’y a pas qu’une seule France avec plusieurs visages, mais bien deux Frances avec le même visage. Il y a les Français, et ceux qui sont plus Français que les premiers. Quel avenir y a-t-il pour ces jeunes des cités, qui voient leurs parents et leurs grands-parents cloîtrés dans la même classe sociale pauvre depuis leur arrivée, qui subissent chaque jour le racisme primaire français, puissamment supporté par une guerre au terrorisme dont les immigrants sont les premiers à faire les frais? Le filet social pour encadrer les jeunes, pour les intégrer d’une manière respectable à l’ensemble de la société française est inexistant. On a misé sur la sécurité policiaire pour les faire taire, tout en sachant très bien que la police ne patrouille pas dans toutes les cités, par peur des gangs de rue. Mais la sécurité et les politiques de dissimulation de la pauvreté et de l’exclusion sociale ont échoué : la fureur des jeunes s’est transmise à l’ensemble du territoire français, jusqu’à s’étendre à la Belgique et à la Grèce! L’Europe commence à avoir peur : la France n’est pas la seule à avoir « parké » les plus démunis dans des cités, c’est une politique d’ensemble. Aujourd’hui, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a annoncé le débloquement de 50 millions d’euros pour développer un programme urbain dans les villes touchées par les violences, une aide qui éventuellement pourrait atteindre un milliard d’euros. Cet argent serait utilisé dans le but « (…) d’avoir une action en terme d’incluion sociale, d’appui à l’emploi dans les villes et les banlieues (…) »[1] C’est un beau début, mais ce ne sont que des promesses pour l’instant, et c’est surtout trop peu, trop tard. Le racisme est omniprésent en France, où le simple fait d’être un « beur », un arabe, ferme la porte de plusieurs emplois potentiels. Les inégalités sociales sont criantes, et créer de l’emploi pour les jeunes des banlieues améliorera les choses, certes, mais ne règlera pas tout. Ces jeunes ne brûlent pas des voitures et des magasins simplement par jeu, par désoeuvrement ou par abus de substances illicites : certains le font, mais la plupart expriment leur mécontentement face à la société dans laquelle ils vivent, à laquelle ils ont autant droit que n’importe lequel des Français de souche, une société qui les reconnaît mais qui ne les accepte pas, qui les écarte et les méprise… Qu’on se le dise : des types sans scrupules comme Nicolas Sarkozy représentent l’avenir de la France, insécure comme jamais, et les mollusques comme Dominic de Villepin devront céder leur place aux plus durs. Personne n’a oublié la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour du dernier scrutin présidentiel. S’il y est parvenu, c’est parce que la gauche française est plus désunie que jamais, parce que Chirac est jugé fortement corrompu, mais surtout, parce que Le Pen a sû toucher une corde sensible des Français : la peur de l’Autre, la haine de l’immigrant venu « voler la job » de l’honnête Français, prouvant par le fait même que la France se condamne elle-même à la guerre civile si elle ne tente pas l’impossible pour rapprocher les deux Frances pour n’en faire qu’une seule, colorée, où le racisme sera chose du passé… Article publié dans le journal "Union Libre", décembre 2006[1] AP/Métro, « Solidaire de la France », Journal Le Métro, lundi 14 novembre 2005, p.12

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